Open Access
Numéro
CMLF 2008
2008
Numéro d'article 042
Nombre de pages 12
Section Diachronie, histoire de la langue
DOI https://doi.org/10.1051/cmlf08260
Publié en ligne 9 juillet 2008
Congrès Mondial de Linguistique Française, Paris, France, 2008
DOI: 10.1051/cmlf08260

Grammaticalisation analogue de marqueurs de focalisation en latin tardif et en moyen français

J. Mortelmans

jesse.mortelmans@ua.ac.be

Publié en ligne le 9 juillet 2008

Résumé
Les textes en latin tardif (2e-6e siècles) et en moyen français (14e-16e siècles) présentent un processus de grammaticalisation analogue au sein du paradigme des déterminants nominaux. Dans les textes administratifs et juridiques en latin classique et en ancien français apparaissent des déterminants avec verbum dicendi (suprascriptus en latin, ledit en français). Plus tard, en latin tardif et en moyen français, ces déterminants deviennent beaucoup plus fréquents et leur emploi n’est plus réservé à la langue des chartes ; certains textes littéraires en présentent même des occurrences. (Norberg, 1944, Selig, 1992, Guillot et al. à paraître). Initialement, les expressions référentielles avec verbum dicendi ont un rôle bien circonscrit de marqueur de focalisation, en ce qu’elles assurent les références univoques si essentielles dans les textes juridiques et administratifs. Les réanalyses au sein du paradigme des déterminants démonstratifs – les déterminants ille et/ou ipse évoluant vers l’article défini en latin tardif et l’abolition de l’opposition cist-cil en ancien et moyen français (Selig, 1992, Carlier & Goyens, 1998, Carlier & De Mulder, soumis et Marchello-Nizia, 2001 à 2006b) – entraînent un vide référentiel temporaire que viennent combler les « nouveaux » déterminants avec verbum dicendi. Tant en latin tardif qu’en moyen français, l’emploi des déterminants avec verbum dicendi décline soudainement, après une période lors de laquelle leur fréquence ne cessait de s’élever et leur rôle de marqueur de focalisation devenait de moins en moins net. Pour le moyen français, ces développements ont souvent été décrits comme un phénomène purement stylistique. Toutefois, l’analogie avec les évolutions en latin tardif nous permet de conclure qu’ils sont bel et bien liés au processus de grammaticalisation en cours au sein du paradigme des démonstratifs. Le fait que les autres langues vernaculaires (par exemple l’italien et l’anglais) emploient également des déterminants avec verbum dicendi constitue cependant un argument en faveur de l’hypothèse stylistique. Bien qu’il soit donc établi que le vide référentiel, cause interne à la langue, est à l’origine des évolutions, la large diffusion des marqueurs dans les langues vernaculaires met en évidence que d’autres mécanismes, pas nécessairement internes à la langue, jouent également dans les développements.



© Institut de Linguistique Française 2008